Le moulin des Couëtis

Le moulin des Couëtis se trouvait dans la commune de Saint-Mars-de-Coutais en Loire-Atlantique. Ce moulin est également appelé le moulin de la Mulonnaie ou du Butay, les deux villages les plus proches.

Voici le plan cadastral de 1837:


L’emplacement du moulin est clairement indiqué (Min des Couëtis).

D’après le hors série n° 1 du bulletin de la société des historiens du pays de Retz, consacré aux moulins et meuniers de Grand-Lieu, la première mention de ce moulin date de 1678.
Ce moulin a été détruit à la fin du XIXè siècle et à sa place se trouvent maintenant des vignes.

Néanmoins, le moulin n’a pas totalement disparu. On peut en effet encore voir dans une cave à la Mulonnaie, appartenant à la famille GRANDJOUAN, une verge du moulin! Il s’agit de la poutre au fond: elle est reconnaissable car elle est plus fine d’un côté que de l’autre.

Propriétaires successifs.

Le moulin porte le numéro A 146 au cadastre de Saint-Mars-de-Coutais.

Les différents propriétaires ont été:

Date d’acquisition Nom du propriétaire N° folio Acte
Alain CHAUVIN
Gatienne CHAUVIN et ses enfants Acte du 18 avril 1709
René CHAUVIN Succession suite au décès de Gatienne CHAUVIN le 28 décembre 1736
22 décembre 1751 Jacques GUILLON de BEAUREGARD Succession collatérale
Après le 12 avril 1762 (décès de Jacques GUILLON) Charles Allaire GUILLON, son frère
31 décembre 1762 Dame Elizabeth LUCAS, veuve Jacques GUILLON Transaction 100ème denier de Nantes
???
Dame Marie Louise Françoise BARNABE
15 janvier 1767 René Pierre GUYOT Acte chez Me BENOIST, notaire à Nantes
an II Julienne Renée GUYOT des MARMANDES, épouse de Aimé Anne Médard BOULONNAIS de SAINT-SIMON Succession collatérale (nièce de René Pierre GUYOT)
20 septembre 1837 Alexandre BOULONNAIS de SAINT-SIMON 924 Hérite de sa mère, Julienne Renée GUYOT
3 mars 1862 François MASSON 1518 Acte chez Me de SAINT QUENTIN, notaire à Bouaye
15 mai 1876 Auguste MASSON 1803 Hérite de son père François.
Acte de licitation chez Me PELLETIER, notaire à Machecoul
22 octobre 1889 Pierre AVERTY 183B Adjudication judiciaire chez Me COLIN, notaire à Bouaye
7 mars 1898 Henriette JEANNEAU

Le village de la Mulonnaie et son moulin sont passés de la famille CHAUVIN à la famille GUYOT comme pour le village du Butay. En 1709, 1736 et en 1751, des actes mentionnent « le moulin turquois étant en ladite pièce proche de la maison de la melonnaye« .

Alexandre BOULONNAIS de SAINT-SIMON est un important propriétaire à Saint-Mars-de-Coutais. Son père, Aimé Anne Médard, a été maire de la commune de 1807 à sa mort en 1825. A l’ouverture du cadastre en 1837, Alexandre possède le village de la Mulonnaie, le Butay ainsi que des biens au village du Clody. Il se sépare de la totalité de ses biens à Saint-Mars-de-Coutais entre 1862 et 1863.
La présence de la famille Saint-Simon est encore visible de nos jours avec la croix Saint-Simon (voir aussi tout en bas du plan IGN):


Alexandre BOULONNAIS de SAINT-SIMON vend le moulin des Couëtis ainsi qu’une maison à la Mulonnaie et des terres à François MASSON, laboureur demeurant à Pont-Saint-Martin, pour un total de 7072 francs (dont 3000 francs pour le moulin et la maison).Son fils Auguste hérite du moulin en 1876 mais doit s’en séparer en 1889 suite à une adjudication judiciaire expliquée plus bas.

La démolition du moulin date au plus tard de 1898 car lorsque Pierre AVERTY vend à Henriette JEANNEAU il est indiqué « Mr AVERTY vendeur se réserve expressément le droit d’enlever quand bon lui semblera […] tous les matériaux provenant de la démolition du Moulin qui s’élevait autrefois sur le cerne présentement vendu« .

L’adjudication.

En 1884, Auguste MASSON et sa femme empruntent la somme de 2000 francs à Pierre Marie ALLARD, ouvrier à Indret, avec pour obligation de rembourser cette somme en octobre 1888. En garantie de ce paiement, les époux MASSON hypothèquent leur maison de la Mulonnaie, le moulin des Couëtis ainsi que différentes terres.

En juin 1889, la somme n’ayant pas été remboursée, Pierre Marie ALLARD saisit la justice qui ordonne que les biens des époux MASSON soient vendu aux enchères.

Cette vente par adjudication a lieu en octobre 1889. Des affiches annonçant la vente ont été posées en divers endroits ainsi que dans le journal « les petites affiches Nantaises ». Les enchères étaient faites selon la méthode des feux: le gagnant de l’enchère remportait le lot si aucune surenchère n’était faite pendant que 2 bougies successivement allumées s’éteignaient.

La vente a été faite en 8 lots:

Désignation du lot Mise à prix Prix de l’enchère
La maison de la Mulonnaie 500 francs 510 francs
Le moulin des Couëtis 300 francs 305 francs
Un canton de terre de 28 ares 300 francs 315 francs
Un canton de pré de 62 ares 500 francs 855 francs
Un canton de marais de 50 ares 500 francs 525 francs
Un canton de vigne de 4 ares 50 francs 80 francs
Un autre canton de vigne de 6 ares 60 francs 65 francs
Un autre canton de vigne de 8 ares 100 francs 115 francs
Total 2310 francs 2770 francs

On peut remarquer le rapport de prix entre les différents lots qui nous semble étrange pour notre époque: un mise à prix identique pour une maison et un canton de pré de 62 ares ou encore entre un moulin et 28 ares de terre. L’écart est encore plus grand sur le prix réellement payé: quasiment 3 fois plus pour le canton de pré de 62 ares que pour le moulin!

Auguste MASSON et sa femme ont donc réussi à récupérer 2770 francs de cette vente mais, une fois déduit les intérêts de l’emprunt et les différents frais de justice, on peut penser qu’ils n’ont en fait pas reçu d’argent de cette vente.

Toujours d’après le hors série n° 1 du bulletin de la société des historiens du pays de Retz, Auguste MASSON serait parti faire tourner le moulin de l’Epine à Saint-Mars-de-Coutais. Il est effectivement présent au recensement de 1891 dans ce village.

Par ailleurs, François MASSON s’est marié avec Anne QUILLAUD, fille de Simon QUILLAUD et Marie DEBEC. Ils ont plusieurs enfants dont Auguste.
La sœur de Anne, Marie-Rose QUILLAUD, s’est mariée le 19 avril 1850 à Saint-Mars-de-Coutais avec Pierre AVERTY.
Autrement dit, Pierre AVERTY a acheté aux enchères le moulin de son neveu!

Alors, Pierre a t’il acheté ce moulin au nom de la solidarité familiale? Au vu du faible prix qu’il a payé, 305 francs à comparer aux 1800 francs que Auguste a payé 3 ans plus tôt pour ce même moulin, on peut plutôt penser qu’il a vu la bonne affaire qui se présentait à lui.

Pour finir l’histoire de la famille avec ce lieu, il est intéressant de constater que Félicité AVERTY, nièce de Pierre, a acheté avec son mari Charles CHENAIS le village du Butay situé à moins de 500 mètres du moulin des Couëtis que son grand-père a fait tourné. Elle demeure ainsi dans la maison où Marie Françoise AVERTY, fille de François et donc sa tante, aura été domestique de 1856 à 1861 avec son mari, Julien GIRAUDET.